Catalogue OAI du consortium CAHIER

Desanti, Jean-Toussaint (1914-2002)

Deux feuillets isolés sur l’histoire (Temps, Marx notamment Manuscrits de 44)

David Wittman (édition)
Institut Desanti, ENS de Lyon
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[...]qui vit dans sa particularité le temps où il est né et dans lequel lui sont livrés, avec leur négativité propre, avec leur poids de problèmes, les instruments de culture dont la société dispose. Ce négatif l’homme historique ne peut faire autrement que de le saisir dans la manière dont il se montre : c’est-à-dire maintenant, dans le présent. Le seul moyen pour lui de prendre au sérieux son histoire, c’est-à-dire de reconnaître son être, c’est de la voir telle qu’elle se manifeste à lui dans le champ d’expérience où elle se déploie et où il la vit sans autre médiation que le contenu qu’elle montre. Et de fait à lire les manuscrits de 1844 on a le sentiment d’assister à un dépouillement de l’expérience historique, à une rigoureuse ascèse, par laquelle le philosophe encore commençant veut se rendre capable de dresser l’acte de naissance du fait d’être de sa propre histoire, et, pour cela, de se retrouver face à face avec lui, de le saisir sans intermédiaire, avec son évidence propre.Or l’homme qui se pose cette question est lui-même un produit de cette histoire dont il cherche le fondement originaire. Mettre à jour ce fondement c’est donc entrer dans le contenu de l’histoire. C’est que l’homme qui pose à sa propre histoire cette question ne peut jamais la poser que comme sujet historique. Il est lui-même le produit des modes d’être qu’il interroge. Et la question qu’il pose naît, pour ainsi dire, au cœur de l’objet même qu’elle concerne. Le contenu de sa question exige donc de lui une sorte de purification. Il doit s’engager dans les médiations que l’histoire a produites, les traverser jusqu’à ce qu’il atteigne au-delà de toute médiation constituée, une médiation essentielle au monde dans laquelle l’histoire elle-même puisse montrer sa propre origine. »