Catalogue OAI du consortium CAHIER

Elie Luzac

Lettre de Elie Luzac à Marc Michel Rey

1748
2017
Bahier-Porte, Christelle (édition)
Vial, Fabienne (édition)
Université Jean Monnet

Leÿden 4 Mars 1748 Monsieur, Je ne sai pourquoi je ne fais que de recevoir dans le moment la votre du 28. Pour ÿ repondre je vous dirai, Monsieur, que ce n’est pas pour vous faire quelques reproches au sujet de L’Homme-Machine . Si je j’en ai touché quelque chose dans ma précédente ce que vous m’y avez donné occasion et comme je suis naturellement Hollandois je dis naturellement ce que je pense, sans en garder rancune. Vous pouvez aussi toujours parler sur le même pié. La franchise ne fait aucun tort aux différentes liaisons qu’on peut avoir ensemble. Voici le fait. Des Personnes d’etude, et des personnes distïnguées ici m’ont d’abord dit qu’un libraire d’Amsterdam avoit donné des informations à Monsieur Bouiller contre Mr. de la Mettrie. La lettre que ledit ecclésiastique a adressé à M. de Loches , et qui a été le premier motif de l’accusation contre moi, disoit entre autres, qu’il étoit sur que Mr. de La Mettrie étoit auteur de ce livre. J’en parlai à Monsieur de la Mettrie qui se mocqua avec raison de cette sureté, et me disoit que vous lui aviez écrit au sujet d’un manuscrit philosophique; et que cela seul pouvoit être tout le fondement de la sureté de Bouiller. Plusieurs personnes vous nommèrent après cela ; et l’advocat du grand-officier dit à mon procureur, que Monsieur Bouiller avoit ecrit, qu’il pourroit en cas de besoin donner un témoignage authentique de Mr. d’un [2] libraire d’Amsterdam contre Mr. de la Mettrie. Je ne sai sur quoi étoit fondé ce temoignage authentique ; mais je defie Monsieur Bouiller et tous les libraires d’Amsterdam d’oser le produire: Quoiqu’il en soit cette assurance, bien toute mal fondée qu’elle étoit m’a fait dans cette affaire un tort considérable. S’il ÿ a quelque chose de vrai dans tout cela , vous pouvez librement me l’ecrire. Je ne vous en veux aucun mal. Un mot echape bien vite, surtout quand on ne soupçonne pas le mauvais usage qu’en peut faire celui à qui on le dit. Au reste je vous remercie de la part que vous ÿ avez pris en ma faveur. Vous l’avez de commun avec tous les honnêtes Gens : et par bonheur l’animosité des théologiens n’a fait du tort qu’à ma bourse. Voici, Monsieur, un billet de mon marchand de papier, qui ne demande que f 2 par rame. Vous en pouvez faire usage. Cinq sous d’epargnés est autant de gain sur le total. Si l’imprimeur, dont vous parlez, est celui qui vous a travaillé le 3e Tome du Controlleur du Parnasse , je vous dirai naturellement que cette production ne repond pas du tout à l’eloge que vous lui donnez. Je ne veux cependant pas prendre d’avantage qu’un autre : mais si cet c’est un homme franc, il vous dira ce qu’il en doit donner à ses Ouvriers, et vous pourrez me l’ecrire, en me marquant en même tems le nom de cet imprimeur. Ces gens ont souvent des apprentifs, qu’ils [3] font travailler ; et par là début de mot illisible ttent encore plus que mot raturé ceux qui ne travaillent qu’avec des ouvriers faits. N’importe je m’accommode a tout ce qui est raisonnable. Je vous remercie des avis au sujet des expéditions pour la France ; et vous offrant la continuation de mes services, je suis sincerement / Monsieur, / Votre très humble et très obéïssant serviteur Elias Luzac junior Monsieur / Monsieur M. M. Reÿ / Marchand Libraire / à / Amsterdam Leyde le 4e Mars 1748 / Luzac junior / repondu le 18e Mars